La chronique n°9

Etude du schtroumpf guérillero sémiotique  au   tas de bois !

L’image que vous voyez ci-dessous, m’ a été envoyée par mail par Alexandre Durand, accompagnée des quelques mots suivants : « Happy schtroumpfing, MADAME. (et merci pour la pub)
Le Tas de Bois- Alexandre Durand. »

Il s’agit donc de la réponse de l’un des deux auteurs de l’installation « tas de bois »figurant  à l’espace Plateforme à Paris et que j’avais choisie pour mon site à la rubrique « la perle du mois » à cause de son caractère typiquement schtroumpfesque.


J’ai reçu des centaines  de mails   d’encouragements et de félicitations pour mon site, mais aucun venant de schtroumpf caractérisé…sauf celle-ci, qui n’exprime d’ailleurs pas un désaccord de fond avec mes analyses, mais plutôt une gratitude pour la pub qui est ainsi faite à l’oeuvre et à son  lieu d’exposition.

Je pense que cette réaction, aussi succincte  soit-elle mais assortie d’une image spécialement concoctée pour l’accompagner, mérite constituer  le sujet de cette présente  chronique n° 9, car elle nous donne l’occasion d’examiner de plus près et in vivo ce bon spécimen de schtroumpf.

De l’arroseur arrosé

Intéressante réaction en effet, car nous sommes ici dans la configuration de l’arroseur arrosé ou du subversif –subverti, où le coutumier de la dérision et de l’autodérision se voit à son tour objet et victime surprise d’une opération foutage de gueule qu’ il se croyait le seul habilité et autorisé à pratiquer professionnellement avec l’agrément du Ministère de la Culture.

Alors bien sûr, « même pas mal !» fanfaronne-il, «  et « merci pour la pub ! », rappelant ainsi que son oeuvre est uniquement une affaire de com’ et que,  dans une logique de pur marketing et dans un système où toute disqualification est qualifiante, ma  tentative de ridiculisation à son endroit reste finalement vaine et globalement bénéfique pour lui.
Car il faut savoir en effet que cette impunité s’appuie sur l’énorme et tentaculaire dispositif étatique et marchand du foutage de gueule artistique officiel ; il faut savoir aussi que Plateforme qui héberge ce « tas de bois » , est l’émanation de l’Entreprise, elle-même articulée aux grands réseaux institutionnels et  de la spéculation internationale.(50 artistes autoproclamés « internationaux » sont dans cette « Entreprise »)

De l’esprit de sérieux dans le  foutage de gueule

Mais là où  cette dialectique parfaitement perverse de la dérision institutionnalisée  et de la facétie subventionnée possède son point d’achoppement, c’est bien dans cet esprit de sérieux ou dans cette prétention à la rigueur scientifique  dans l’exercice du foutage de gueule.
Ainsi ces quelques extraits de textes concernant nos deux schtroumpf au tas de bois :« Tas de bois  est le support d’une projection physique sociale et spirituelle » et encore : « Fra Gioviani utilise l’image pour réfléchir et se réfléchir dans cet espace-temps qui serait le propre de l’homme, la pensée » et enfin: « Alexandre Durand fait partie d’un projet  F.L.I.M.(Fabulations Libertaires Intrinsèquement Médiocres), influencées par le concept du « guérilla sémiotique », développé par Victor Burgin, qui consiste à détourner les outils de la communication à des fins artistiques et critiques ; et que ce décalage représente la mise en forme d’un discours critique et ironique sur les thèmes qui fondent notre société : la mondialisation, le copyright des marques que l’artiste ne peut pas utiliser légalement, la chirurgie esthétique, la dépendance pharmaceutique, l’impact des mass médias dans la cellule familiale…etc ; et que les F.L.I.M défendent un ton ironique et grinçant afin d’échapper un peu à l’aseptisation morale et culturelle de notre temps. »

 Ainsi  voilà un schtroumpf on ne peut plus oxymorique.
Quand sa rigolade se fait on ne peut plus pontifiante, quand il affirme  vouloir défendre un ton « ironique et grinçant » en utilisant un « discours critique » qui n’est , au contraire – qu’un galimatias  docte et pédant ; quand il nous accable de ses vieux clichés de la subversion libertaire pour faire nouveau et subversif et mieux ramasser l’argent de l’État;  quand, prétendant lutter contre l’aseptisation morale et culturelle,  il contribue de fait à l’arasement de toutes les aspérités sensibles et poétiques, à l’éradication du sens et du vécu comme valeurs ringardes et malpropres ; quand sa « guérilla sémiotique » n’est rien d’autre que gesticulation de marionnette aux mains du pouvoir  qu’il dit combattre, etc.

Même Hara Kiri n’en voudrait pas

Car enfin , cette image de schtroumpf sablant le mousseux sur son tas de bûches, en compagnie d’un guerillero sémiotique façon sous-commandant Marcos encapuchonné, même Hara Kiri ( qui a pourtant fait ses preuves en matière de  terrorisme sémiotique) n’en voudrait pas, car elle n’est pas drôle et parce que, quelque soit l’angle pour la regarder, elle n’a ni queue ni tête… appendices, certes,  dont tout schtroumpf émergent a subi l’ablation  lors de ses études en Ecole des Beaux-Arts ou en Université d’Arts Plastiques..

Réaction du 2eme schtroumpf au tas de bois

Le mail ci-dessous m’est parvenu tout juste après avoir terminé la rédaction de ce qui est écrit plus haut. Il vient à point nommé pour conforter et illustrer parfaitement ce que je dis du cynisme désinvolte et infantile propre à ces petits farceurs,  révolutionnaires chamalos d’un « sentier lumineux »  perfusé à la subvention publique.

« Bonjour Nicole est stérile, je crois que tu connais mal qui je suis pour radicaractérialiser ma stroumpherie que le correcteur orthographique d’Outlook Express traduit par tromperie.
 Je me trompe peut-être. J’apprécie ta critique et certains des passages des textes présents sur ton site que j’ai lus. Je me trompette en stroumph peut-être mais je te trouve très radical tout de même, d’autant plus dans les passages dont je pense que tu y dénatures la pensée dans ses potentiels d’ouvertures culturelles spirituelles et physiques, allez je lâche le mot, métaphysiques,  que tu amoindris de ton intégrisme, certe peut-être juste mais outrancier.
 Sans doute avons nous un ami (un ennemi)) ah je me gausse, en commun pour qu’un tas de bois paraisse dans tes pages !
 Tu auras sans doute déja reçu cette foto que je te glisse en clin d’oeil fraternel , mais pour savoir si tu en as, et qu’on puisse échanger, je t’invite à regarder le film Donnie Darko vers la 33ème minute. De l’explication donné à l’existence strouphesque voire stroumphiste que tu subiras, j’aimerai que tu me donnes quelques mots en réponse ».
Fra Giovanni

Ma question en guise de réponse :

Avez-vous eu vent de l’existence de peintres tels que Paul Rebeyrolle, Leonardo Cremonini, Vladimir Velickovic par exemple
et si oui, qu’en pensez-vous?
Nicole

La réponse du schtroumpf n° 2

« bonjour Nicole, très vite répondu je connais des oeuvres de Paul Ribeyrolle que j’ai vu à Lyon ds le fonds du Musée des Beaux Arts. J’ai alors acheté son dvd pour finir par aller voir son Musée à Eymoutier. Cela doit répondre en partie. Je ne connais pas les deux autres. Ton mot a été l’occasion de survoler quelQUES VIGNETTES de leur oeuvre. à priori plus d’affinités avec Vladimir. Je prendrais le temps. »
Fra Giovanni

De l’inculture du schtroumpf

Laissons donc de côté l’ingénuité barbe à papa, orthographique et syntaxique de cette réponse, et félicitons-nous plutôt de constater que ce schtroumpf connaît bien l’existence de Paul Rebeyrolle… Mais celui-ci figure dans les  collections François Pinault …  or chacun sait que le schtroumpf sait réciter par cœur la liste des artistes achetés par  le divin François comme d’autres savent réciter les versets du Coran. Alors est-ce bien significatif de sa culture artistique ?  On se le demande d’autant plus que, par ailleurs, parvenu à ce niveau d’émergence sur la scène internationale, il ignore encore Alberto Cremonini, ami d’Alberto Moravia et de Umberto Eco…