Chronique n° 29 – Pourquoi y a-t-il de la critique d’art plutôt que rien?

La chronique n° 29 de Nicole Esterolle

 

Pourquoi y a-t-il de la critique d’art plutôt que rien ?

(Texte que vous pouvez aussi trouver, en cas d’incompatibilité typo,  sur www.schtroumpf-emergent.com )

Raphaël Cuir,  le garçon chevelu que vous voyez à droite sur l’image que je vous ai placée en pièce jointe, vient d’être élu Président de l’AICA-France, Section française de l’Association Internationale des Critiques d’Art.

Sur cette même image, extraite de la video http://www.dailymotion.com/Memoires-Actives , figure aussi, à gauche de la plante du pied gauche de  Catherine M.,  Arnauld Labelle Rojoux, qui est professeur de foutage de gueule à l’Ecole des Beaux-Arts de Nice dite Villa Arson, et qui avait fait l’objet de ma chronique n° 22. http://www.schtroumpf-emergent.com/blog/2012/01/31/la-chronique-n%C2%B022/

Cette suite d’entretien videos que Monsieur Cuir  a réalisée avec de nombreuses vedettes  de l’art contemporain français, a contribué à la crédibilité professionnelle  qu’il lui fallait   pour être élu par ses pairs au poste de président. Mais  c’est surtout son fameux livre d’entretiens intitulé « Pourquoi y a-t-il de l’art plutôt que rien » (Paris, Archibooks, 2009), qui a fait sa notoriété dans le milieu de la critique d’art française. Ce titre faisant  bien sûr référence à la fameuse  question première ( ou dernière )   du philosophe  du 17e  , Gottfried Wilhelm Leibniz , « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »,   sera suivi d’un prochain livre du même Cuir «  De l’ontologie du néant  en art contemporain » chez le même Archibooks.

Mais qu’à cela ne tienne, la question annexe qui nous intéresse plus spécialement ici , et qui découle des précédentes, est : « Pourquoi y a-t-il de la critique d’art plutôt que rien ? » . Interrogation  qui se pose en urgence quand on découvre , sur le site de l’AICA France , cette hallucinante vidéo : http://www.aica france.org/component/videoflow/?task=play&id=24 dont le titre est «L’art d’assimiler l’autre» où il est question de cannibalisme en art contemporain…

A ce  point de déréliction où nous sommes parvenus en matière de critique d’art, pourquoi pas l’anthropophagie , ou même la partouze anthropophage au dernier chic germanopratin! Et pourquoi pas , pendant que nous y sommes, cette très bucco-linguale     intervention de l’exquise Catherine M. http://www.aica-france.org/component/videoflow/?task=play&id=27&tab=one&add=1&layout=listview, qui vaut bien son pesant de doigts de pieds fricassés sauce madère ou de compote  d’asticots façon Damien Hirst. ( Catherine M.  nous lit, avec une évidente excitation des glandes salivaires,  un texte de Salvador Dali , texte fondateur selon elle du cannibalisme en art contemporain, qui nous décrit le premier  baiser à sa fiancée Gala : un baiser tellement fouisseur et vorace que la belle, néanmoins consentante,  faillit être dévorée toute crue par l’intérieur d’elle-même)

Je ne sais pas, chers lecteurs, si vous sentez la chose comme moi, mais je vois là la preuve, en voyant ces vidéos, que l’AICA-France est bien  tombée  aux mains d’une bande  d’anthropophages dévoreurs de sens et bouffeurs d’humain, qui vont pomper  l’art de tout son contenu, le vider de sa substance proprement artistique…pour y installer  ce RIEN, appelé en effet  de leurs vœux par la question « pourquoi pas rien plutôt que de l’art ? ». Un RIEN  qui leur simplifiera la vie et leur permettra de combler la béance qu’ils ont créée, en la remplissant d’un questionnement en abime sur l ‘absence et d’ un discours auto engendré, qui pourra se développer à l’infini dès lors qu’il n’aura plus d’autre objet que lui-même. Un Rien endogamique qui facilitera  toutes les spéculations possibles tant intellectuelles que financières (voir mes précédentes chroniques sur cet aspect de la désincarnation de l’art ou de sa  dématérialisation au profit du primat de  emballage discursif caractérisant l’indissociable  couple art officiel – business art )

D’ailleurs  le financial – artist international Bertrand Lavier, grand ami de la délicieuse Catherine M . et qui peint des frigos déjà blancs en blanc, n’a-t-il pas   avoué  un jour  :  » c’est quand je me suis rendu compte que l’art contemporain n’était pas de l’art –  mais que du baratin – que je suis devenu artiste contemporain »… d’où l’apparition de cette  génération de phraseurs incontinents , de sophistes mondains, de pédants ridicules, de précieux Trissotins, de sodomiseurs  de mouches (celles justement dont Damien Hirst fait si lucrative confiture), de théoriciens, d’historiens de l’art, , dont la logorrhée sans objet n’a pour but que d’emballer le vide… Tout comme l’abondance de la tignasse présidentielle emballe du creux… Tout comme, dans cette espèce de dynamique par défaut ou dans cette logique du contre-sens, le contenant remplace le contenu, la spectacularité externe pallie à la déficience intérieure ,etc.

Il y a loin entre ces « nouveaux »  critiques de l’AICA et ceux qui, au sortir de la guerre, ont créé cette association. Des gens comme comme Raymond Cogniat, Jacques Lassaigne, André Parinaud, Hélène Parmelin, Dora Vallier,. Ceux-ci   n’avaient certes  pas , eux, la formule de Gilles Deleuze « Créer, c’est résister » toujours à la bouche,  mais ils étaient de vrais résistants à l’inepte, et ils étaient même, comme Jacques Lassaigne et André Parinaud,  de vrais héros de la Résistance (André Parinaud a eu la vie sauve grâce au bombardement de la prison où il attendait d’être fusillé) ; Ils  étaient de vrais amoureux de la vie et de l’art, et ils  ont, par leurs écrits donné valeur  patrimoniale à quantité d’artistes (d’ailleurs complétement ignorés de nos actuels théoriciens du rien)

Oui, ces fondateurs de L’AICA doivent être consternés se de voir à ce point trahis par leur descendance, bien qu’ils aient pu comme Hélène Parmelin à travers quelques essais comme son pamphlet intitulé «  l’art et les anartistes », ou comme Dora Vallier dans son livre « Art, anti-art et non-art », pressenti le retournement catastrophique de leur progéniture

Oui, ils n’étaient pas dans l’évanescence ou l’immatérialité mondaine, ils  étaient  sur le terrain, avec les artistes, pour le respect du sens et du vécu de l’art. Ils étaient  dans l’histoire , pour  la permanence  des valeurs et d’une vraie mémoire de l’art. Cette mémoire que nos nouveaux évanescents chevelus de l’AICA semblent avoir totalement oubliée, à cause de l’obsession qu’ils ont  de la modernité assistée ou de la contemporanéité subventionnée…

Mais le plus ahurissant , à cet égard, c’est que cette nouvelle population de commentateurs-chroniqueurs  du rien artistique, de fellateurs du néant, de décérébrés sur-intectualisés, d’historiens  qui  ne se souviennent de rien, a  inventé  un dispositif qui s’appelle « Les Archives de la Critique d’Art » installé à Rennes, la ville de France, qui, comme par hasard, est la plus démunie de galeries d’art contemporain dignes de ce nom (à part l’antique et très respectable Oniris ).  Vous n’y croyez pas ? et bien cliquez sur le lien www.archivesdelacritiquedart.org/ et vous verrez que je n’invente rien.

Oui , la chose existe, (à grand frais pour l’Etat et les collectivités locales bretonnes) et on se demande ce qu’elle peut bien archiver (1), dans la mesure où tous les textes et documents publiés papier, audio ou télé, sont conservés automatiquement à la bibliothèque nationale ou à L’INA ; dans la mesure où elle n’a rien à faire du passé; dans la mesure où l’art dit « contemporain » qui l’intéresse exclusivement  est une anomalie historique, un décrochement d’avec l’histoire, donc inarchivable ; dans la mesure où le RIEN, par définition,  ne peut avoir  ni odeur, ni couleur, ni température, ni histoire, ni valeur patrimoniale  ; ni , a fortiori, d’archives ou de traces historiques.

La question est donc: si ce n’est par goût irrépressible pour l’ineptie, le paradoxe  ou l’oxymore, qu’est-ce qui fait que, la plupart du temps,  le critique d’art contemporain se targue d’être aussi  un historien de l’art , quand le contemporain, justement n’a aucune certitude d’inscription historique ? Et qu’est-ce qui fait que la profession de critique d’art soit la seule à s’être dotée d’archives spécifiques, quand elle est la seule à ne pas en avoir vraiment besoin ? (Il n’existe pas que je sache d’Archives de la critique gastronomique, ni œnologique, ni cinématographique, ni littéraire, ni pâtissière, ni fromagère… qui se justifieraient bien plus que pour cette critique d’art dont l’objet est on ne peut plus incertain… à moins de considérer que cette incertitude soit justement génératrice d’une telle le nécessité d’archivage…Allez savoir…)

La réponse à cette question est à venir, je l’espère un jour,  du côté des vrais historiens et sociologues de l’art contemporain, mais qui n’ont pas encore vraiment commencé le boulot, et se contentent pour l’instant de constater que cet archivage est extrèmement sélectif et exclut 99% de la réalité artistique d’aujourd’hui.

En attendant, ce que l’on constate globalement , c’est que cette critique d’art vaguement structurée autour de l’AICA, constituée en majorité de profs ou de fonctionnaires de l’art, noyautée par Art Press, est en collusion totale avec les appareils de pouvoir et d’argent. Cette  critique-là, dénuée de toute fonction critique justement,  a amplement contribué à nous imposer les Buren et Pinault comme références majeures de l’art d’aujourd’hui, à nous  faire avaler le fait que certains aient le droit d’utiliser le Château de Versailles pour valoriser des produits artistico-financiers particulièrement pourris, etc. Honte à elle pour tout cela!

Bien entendu, tous les rédacteurs d’art ne sont pas à mettre dans le même panier de collabos et cireurs de pompes du système.  J’admets également que la carte de membre de l’AICA ait pu être utile aux rares  écrivains d’art à temps complet (donc peu fortunés), pour la gratuité de l’entrée dans les Musées, pour mieux décrocher quelques piges et préfaces de catalogues, etc, mais je crois vraiment qu’il n’y a plus maintenant à s’enorgueillir de posséder cette carte, qui me semble plus disqualifiante ou préjudiciable qu’utile professionnellement

Il serait donc bien, au point où nous en sommes,  que les membres de l’AICA ayant conservé quelque respect d’eux-mêmes, renvoient leurs cartes, et laissent cette organisation disparaître d’elle-même dans la béance de sens qu’elle a engendrée.

la critique d'art, c'est le pied!

1 – Une question me taraude : cette présente chronique ainsi que les précédentes, seront-elles conservées aux Archives de la Critique d’Art ?

 

 

 

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