La chronique n°22

Un professeur ès-foutage de gueule

Sur la vidéo : http://www.ina.fr/art-et -culture/beaux-arts/video/I00009478/gags-d-arnaud-labelle-rojoux.fr.html , vous pouvez  voir Arnaud Labelle – Rojoux, le roi de la déconnade artistico-culturelle française, à l’oeuvre lors d’un cercle de minuit sur France Culture , de Laure Adler, qui date de 1996. On y voit Philippe Dagen et diverses personnalités des arts et des lettres (dont Philippe Sollers)  s’esclaffer à qui mieux mieux lorsque ALR coupe la cravate de Jean-Jacques Lebel pour rendre hommage à Naim June Paik, et lorsqu’il verse le contenu d’un arrosoir d’eau froide sur la tête de Laure Adler, en hommage à je ne sais plus qui… Tout cela est évidemment d’un irrésistible comique pompier pour qui connaît les codes et les référents de ce petit monde de la culture parisienne, germanopratine et nocturne.

ALR est un de ces acteurs multicarte qui foisonnent sur la scène de  l’art français. Omni présent sur les réseaux , il cumule en effet les fonctions de prof à l’Ecole des Beaux-Arts de Nice (dite Villa Arson), d’artiste plasticien dont les Frac sont très friands, d’essayiste critique-historien  d’art et de commissaire d’expositions. Il a été récemment l’invité d’honneur au salon du schtroumpf émergent de Montrouge. (voir ma chronique n° 6)

Arnaud Labelle-Rojoux se définit comme « inclassable, fils spirituel de Marcel Duchamp, d’Andy Warhol, du général Boulanger,  des Pieds Nickelés et du mouvement Fluxus ». Il se réclame d’un art Parodic’ avec un c’, entre « l’hypermorale de Georges Bataille » et « la recherche du négatif selon Kafka »… C’est bien le moins qu’on puisse attendre  de cet artiste officiellement inclassable qui , nous disent les notices à son endroit, détourne, découpe, déstabilise, dédramatise, détonne ; questionne inlassablement, avec une jubilation évidente, l’art et ses limites, ne se prenant pas au sérieux, sans pourtant en manquer de sérieux ; conjugue informations triviales et érudition dans des  œuvres  de facture extrêmement modeste où les  textes, aphorismes slogans et légendes affichent délibérément un comique troupier où le gras calembour est maître ;  remet en cause nos considérations ordinaires sur la vie, la culture, le beau ;  nous invite à regarder l’Art avec un œil curieux, drôle, décomplexé ;  nous met aux pieds des Murs, pour mieux nous amuser, nous emmener vers l’absurde ;  privilégie le rapprochement entre l’art et la vie ; s’affranchit des conventions artistiques et privilégie le geste créatif à l’œuvre d’art elle-même… bref, un authentique maître ès-foutage de gueule comme on en fait peu,  un vrai et sérieux  théoricien de la branlade des zygomatiques, une tête à claques comme on les aime tant dans ce milieu de l’art contemporain qui n’a jamais été aussi déconnant, foutraque, ignorant de l’art, maso, snob, débile, cynique, pervers ,  pourri, puant, vénal, odieux, grossier, décadent… et j’en passe.

Pour compléter votre information sur ce charmant personnage, je vous invite à regarder aussi cette vidéo : http://www.dailymotion.com/Memoires-Actives où l’on voit ALR  interviewé, sous le regard d’un énorme dessous de pied humain, par la gloire montante de la critique d’art française, Raphael Cuir,  le chevelu à la haute tignasse jaune sur la photo jointe, par ailleurs auteur du best seller : « Pourquoi y a -t-il de l’art plutôt que rien ? » (Archibooks + sautereau éditeur, Paris, 2009, 96 p., 17€.)…Cette vidéo nous offre une magistrale théorisation – quoiqu’ un peu tirée par les cheveux – du foutage de gueule en art.